Un bus transformé en mairie mobile qui permet aux habitants d’effectuer des démarches administratives près de chez eux, garé dans le 15e arrondissement de Marseille, le 19 janvier 2026 ( AFP / Thibaud MORITZ )
"Ah bon, il y a des élections ?": dans les cités des quartiers nord de Marseille, nombreux sont ceux qui, à deux mois des municipales de mi-mars, ignorent tout du scrutin, indifférents ou désabusés.
"Pourquoi voter ?", lance un homme d'une soixantaine d'années, baguette sous le bras, avant de s'engouffrer dans un immeuble.
C'est dans un quartier prioritaire du 15e arrondissement, où 44% de la population vit sous le seuil de pauvreté, que Salim Siouani, aujourd'hui professeur de lycée, a grandi: "les gens sont découragés, ils pensent que le vote ne sert à rien. On essaie de les convaincre du contraire".
Avec des copains d'enfance, il mène des opérations de porte-à-porte pour inciter les habitants à s'inscrire sur les listes électorales, au sein du collectif KGBS aux initiales de quatre cités (Kallisté, Granière, Bourrely, Solidarité), dont ils sont originaires. Le temps presse: les inscriptions sont closes en ligne le 4 février, en mairie le 6.
"Toc toc, c'est pas la police !" ou encore "toc toc, c'est moi !": tous les subterfuges sont bons pour se faire ouvrir les portes dans ces grands ensembles où les appartements sont souvent squattés ou sous-loués. Et où les stigmates du narcotrafic sont visibles : accès bloqué par une barrière, jeunes guetteurs au pied d'un immeuble.
Domicilié chez ses parents, Mehdi, 22 ans, en formation de gestionnaire d'immeuble, "n'a jamais voté" et ne savait pas qu'il allait y avoir des élections. "Chez moi, on ne parle pas politique".
Son amie Carmen, 20 ans, n’avait pas "non plus entendu parler" du scrutin. Elle estime pourtant que "la voix des jeunes est importante" et promet de "regarder" les tracts du collectif qui permettent, via un QR code, de vérifier son inscription sur les listes ou expliquent "Qui fait quoi" entre la ville, la mairie de secteur et la métropole.
- Pas de rush -
Des immeubles du complexe résidentiel La Solidarité dans le 15e arrondissement de Marseille le 19 janvier 2026 ( AFP / Thibaud MORITZ )
"Votez Pierrette, Paulette ou Jacquette, mais votez!" leur lance Kader Benayed, porte-parole de KGBS et représentant syndical à l'hôpital psychiatrique Edouard Toulouse, situé non loin de la cité des Bourrely où il a grandi.
"On a plus de 50% d’abstention dans nos quartiers, déplore-t-il. On essaie de faire prendre conscience aux gens qu'ils ont une force. On leur dit +si on vous délaisse, c'est peut-être aussi parce que vous ne votez pas+". "Mais, insiste Salim Siouani, nous ne sommes pas dans une démarche partisane. On ne dit pas pour qui les gens doivent voter".
Louna a hésité de longues minutes avant d'ouvrir après des coups répétés sur sa porte. Autrefois styliste en Algérie devenue agente d'entretien à Marseille, elle n'a jamais demandé la nationalité française mais assure que ses filles, l'une lycéenne, l'autre étudiante, voteront.
"Quand on a un droit, il faut l'utiliser. Les gens disent +c’est inutile+. Ils sont tellement désespérés ! Ils veulent des logements, toquent à toutes les portes, ils n’ont rien. Et pourtant, c'est ça qui devrait les pousser à voter !", juge-t-elle. Du coup, elle promet d'appeler ses "copines pour vérifier si elles sont inscrites !"
Une jeune mère, hijab sur la tête, explique elle "ne pas encore avoir eu le temps de s'inscrire. Et puis si c'est voter pour ne rien avoir..."
Un panneau à Marseille pour inciter les habitants à aller voter à l'occasion des élections municipales, le 19 janvier 2026 ( AFP / MIGUEL MEDINA )
"Y'a plus rien pour les jeunes dans le quartier, il n’y a plus de médecin, on annonce régulièrement que La Poste va fermer, il a fallu batailler un an pour obtenir le retour des bus après 21H00 à la cité de la Solidarité après un droit de retrait des chauffeurs, ...", tempête Kader Benayed.
Depuis plusieurs mois, la Ville de Marseille a déployé de son côté deux "mairies mobiles" qui permettent aux habitants de ces quartiers éloignés des services publics, d'effectuer des démarches administratives. Mais, reconnait Sophie Roques, adjointe au maire en charge de l'état civil, "pour l'instant, il n'y a pas de rush d'inscriptions pour les municipales".

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